À l'approche des fêtes pascales, les étals se parent de créations chocolatées aux formes variées. Œufs, lapins et cloches en chocolat envahissent les vitrines des pâtisseries, grands magasins et boutiques spécialisées, comme celles proposées par notre boutique en ligne Cacao Mania, spécialisée dans les chocolats artisanaux français. Cette association entre la célébration de Pâques et les gourmandises chocolatées semble aujourd'hui naturelle, mais elle résulte d'une longue évolution historique et culturelle.
Les traditions pascales mêlent symboles religieux chrétiens et héritages pré-chrétiens, tous convergeant vers des thématiques de renouveau printanier et de résurrection. De l'œuf naturel décoré aux sculptures en chocolat contemporaines, examinons comment le chocolat est devenu indissociable de cette fête majeure du calendrier chrétien et pourquoi nous continuons à perpétuer ces traditions gourmandes chaque année.
L’œuf, un symbole universel de vie et de renaissance
Bien avant que le christianisme n’associe l’œuf aux célébrations pascales, cet objet naturel attirait déjà les civilisations anciennes par sa symbolique puissante. L’œuf, par sa nature même, incarne parfaitement les notions de vie, de naissance et de renouveau. Sa coquille dure et apparemment inerte qui abrite une vie nouvelle prête à éclore en fait un symbole universel de renaissance et de fertilité. Cette symbolique transcende les frontières géographiques et temporelles.
Lors de mes voyages en Afrique australe, j’ai eu l’occasion de découvrir que cette fascination remonte à des temps immémoriaux. Des archéologues ont mis au jour des œufs d’autruche décorés datant d’environ 60 000 ans, témoignant de l’importance symbolique accordée à cet objet par nos lointains ancêtres. Ces découvertes suggèrent que l’œuf occupait déjà une place centrale dans les rituels et croyances liés à la vie et à la fertilité.
Dans l’Égypte antique, l’œuf représentait le potentiel de vie future et était associé au culte d’Osiris, dieu de la résurrection. Les Perses célébraient Nowruz, leur nouvel an correspondant à l’équinoxe de printemps, en s’offrant des œufs décorés symboles de fertilité et de renouveau printanier. Cette tradition persiste aujourd’hui dans plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Asie centrale. À travers ces exemples, nous constatons que l’œuf symbolisait universellement le cycle perpétuel de la vie, bien avant son association avec la fête chrétienne de Pâques.
Symbolisme universel de l’œuf
La forme parfaite de l’œuf, son contenu mystérieux et sa capacité à générer la vie en font naturellement un objet chargé de sens. Dans presque toutes les cultures anciennes, l’œuf était considéré comme l’origine de l’univers et la source primordiale de toute création. Les mythologies hindoue, chinoise, égyptienne et finlandaise évoquent toutes un œuf cosmique primordial d’où serait né le monde.
Cette symbolique puissante explique pourquoi l’œuf est devenu un élément central des rituels liés au renouveau saisonnier. Le printemps, avec son explosion de vie nouvelle après la dormance hivernale, trouvait dans l’œuf son parfait représentant matériel. Les œufs, source de nourriture mais aussi promesse de nouvelles générations, incarnaient l’espoir d’abondance et de prospérité pour l’année à venir.
Pour les artisans chocolatiers que nous sommes, comprendre cette richesse symbolique permet d’apprécier la profondeur culturelle cachée derrière nos créations pascales. Lors de mes apprentissages auprès des maîtres chocolatiers japonais, j’ai été frappée par leur respect pour cette dimension symbolique, même dans une culture où le christianisme reste minoritaire. Ils considèrent que travailler avec un symbole aussi universel que l’œuf exige une conscience de sa portée transculturelle.
L’œuf dans les traditions pré-chrétiennes
Les échanges d’œufs décorés constituaient un rituel printanier répandu bien avant l’avènement du christianisme. Les civilisations du pourtour méditerranéen et du Moyen-Orient pratiquaient ces coutumes lors des célébrations marquant le renouveau de la nature. Les œufs étaient souvent teints en rouge, couleur symbolisant le sang, la vie et la fertilité. Cette pratique perdure d’ailleurs dans certaines traditions orthodoxes.
Les peuples germaniques et slaves associaient également l’œuf aux rites de fertilité du printemps. Ils les décoraient méticuleusement et les enterraient parfois dans les champs pour garantir de bonnes récoltes. L’œuf représentait alors un transfert symbolique de la force vitale vers la terre qui s’éveillait après l’hiver.
Les techniques de décoration variaient considérablement selon les régions. Les pays slaves ont développé des méthodes sophistiquées comme les pysanky ukrainiens, œufs décorés à la cire selon une technique de réserve produisant des motifs d’une incroyable finesse. En Europe centrale, la tradition des kraslice consistait à graver délicatement la surface teinte des œufs pour créer des motifs complexes. Ces traditions artistiques liées aux œufs de printemps témoignent de l’importance culturelle de ce symbole bien avant son intégration aux célébrations pascales chrétiennes.
De l’œuf naturel au chocolat : évolution d’une tradition pascale
L’intégration de l’œuf dans les célébrations chrétiennes de Pâques s’explique par une remarquable convergence entre sa symbolique ancestrale et le message central de cette fête : la résurrection de Jésus-Christ. L’œuf, avec sa promesse de vie émergeant d’une coquille apparemment inerte, offrait une métaphore parfaite pour illustrer le mystère de la résurrection. Cette association s’est établie progressivement dans les premiers siècles du christianisme, alors que l’Église cherchait à intégrer certains symboles païens en les réinterprétant dans un contexte chrétien.
L’adoption de l’œuf comme symbole pascal s’est toutefois cristallisée autour d’une pratique concrète liée au Carême. Dès le IVe siècle, l’Église a institué cette période de jeûne et d’abstinence de quarante jours précédant Pâques. Jusqu’au XVIIe siècle, les prescriptions religieuses interdisaient aux fidèles la consommation d’œufs pendant cette période pénitentielle. Cette restriction créait naturellement un surplus d’œufs, puisque les poules continuaient de pondre.
Pour les conserver jusqu’à la fin du Carême, les œufs étaient souvent cuits puis décorés, transformant une nécessité pratique en tradition festive. Le dimanche de Pâques, qui marquait la fin des restrictions alimentaires, ces œufs étaient partagés et consommés avec joie, symbolisant le retour à l’abondance après la période de pénitence. Ainsi, l’œuf de Pâques incarnait simultanément le renouveau spirituel lié à la résurrection du Christ et la fin concrète des privations du Carême.
Des restrictions religieuses à l’origine d’une tradition
La pratique du Carême, avec ses restrictions alimentaires strictes, a joué un rôle fondamental dans l’établissement de l’œuf comme symbole de Pâques. Pendant ces quarante jours, les chrétiens s’abstenaient de consommer non seulement de la viande mais aussi des produits issus des animaux, dont les œufs. Cette période d’abstinence visait à commémorer les quarante jours de jeûne de Jésus dans le désert, tels que rapportés dans les Évangiles.
Face à l’accumulation des œufs non consommés, diverses coutumes se sont développées. Certains les conservaient en les durcissant, d’autres les offraient aux enfants ou aux personnes démunies. Progressivement, la pratique de décorer ces œufs s’est répandue. Les premières décorations consistaient simplement à teindre les œufs en rouge, symbolisant le sang du Christ. Au fil des siècles, les techniques se sont sophistiquées.
Dans les milieux aristocratiques médiévaux, l’échange d’œufs décorés à Pâques est devenu une tradition prestigieuse. Sous le règne de Louis XIV, une coutume particulière exigeait que ses sujets lui offrent le plus gros œuf pondu durant la semaine sainte. Le roi le faisait ensuite orner de feuilles d’or avant de le redistribuer, transformant ainsi un simple produit fermier en objet précieux et symbolique.
L’Église, reconnaissant la puissance symbolique de cette tradition, l’a progressivement intégrée à sa liturgie pascale. Dans certaines régions, les œufs étaient apportés à l’église pour être bénis avant d’être distribués, renforçant ainsi la dimension sacrée de cette pratique à l’origine pragmatique.
L’avènement du chocolat de Pâques
La transformation de l’œuf naturel en gourmandise chocolatée marque une évolution majeure dans l’histoire des traditions pascales. Ce changement n’est devenu possible qu’avec les avancées techniques et la démocratisation du chocolat en Europe. Jusqu’au XVIIIe siècle, le chocolat restait principalement consommé sous forme de boisson, privilège des classes aisées. La fabrication de chocolat solide n’était pas encore maîtrisée.
Les premières expériences liant œufs et chocolat apparaissent au XVIIIe siècle, lorsque certains confiseurs commencent à vider des œufs de leur contenu pour les remplir de chocolat liquide. Cette innovation correspond aux débuts du chocolat à croquer, marquant une révolution dans la consommation de cette denrée. Pendant mes recherches dans les archives culinaires de Turin, j’ai découvert des recettes datant de cette époque décrivant précisément ces premiers œufs garnis de chocolat, délices réservés alors à l’aristocratie.
- 1828 : Coenraad van Houten, chimiste hollandais, révolutionne le travail du cacao en inventant une presse hydraulique permettant de séparer le beurre de cacao de la poudre, facilitant la fabrication du chocolat solide.
- 1847 : La firme britannique Fry & Sons produit la première tablette de chocolat à croquer commercialisée.
- 1875 : Daniel Peter et Henri Nestlé développent le chocolat au lait, plus doux et plus malléable.
- 1884 : Cadbury commercialise ses premiers œufs de Pâques décorés contenant des surprises.
Ces innovations techniques ont permis aux confiseurs du XIXe siècle de créer les premiers œufs entièrement en chocolat. L’invention de moules en métal puis en plastique a facilité la production à plus grande échelle. Le fabricant britannique Cadbury fut parmi les pionniers à commercialiser des œufs de Pâques en chocolat contenant une surprise, inspiré par les fameux œufs Fabergé créés pour la famille impériale russe.
L’industrialisation progressive a démocratisé ces confiseries, transformant une tradition élitiste en phénomène populaire. Le goût croissant du public pour ces douceurs a encouragé les confiseurs à diversifier leurs créations, établissant définitivement le chocolat comme l’ingrédient incontournable des célébrations pascales modernes.
Les cloches et le lapin de Pâques : des messagers mythiques
La distribution mystérieuse des œufs de Pâques nécessitait des explications pour les enfants. Ainsi sont nées deux grandes traditions concernant les « messagers » qui apportent ces friandises : les cloches volantes dans les pays latins catholiques et le lapin de Pâques dans les régions germaniques et anglo-saxonnes. Ces deux traditions, bien que distinctes, répondent au même besoin d’enchanter la fête et de créer un récit merveilleux autour de l’apparition des œufs.
Ces traditions reflètent aussi des influences culturelles et religieuses différentes. La légende des cloches est profondément ancrée dans la liturgie catholique, tandis que celle du lapin intègre des éléments issus de croyances pré-chrétiennes. Cette coexistence de deux explications témoigne de la richesse des traditions pascales qui ont su intégrer et adapter divers héritages culturels.
Aujourd’hui encore, ces deux messagers mythiques continuent de captiver l’imagination des enfants. Dans ma chocolaterie, j’observe chaque année comment ces récits merveilleux conservent leur pouvoir d’émerveillement. Lorsque je raconte aux enfants l’histoire des cloches qui reviennent de Rome chargées de chocolats ou celle du lapin qui dépose ses œufs colorés dans les jardins, leurs yeux s’illuminent avec la même magie que celle qui enchantait les générations précédentes.
Les cloches voyageuses
La tradition des cloches de Pâques trouve son origine dans une pratique liturgique réelle : le silence des cloches durant la période la plus solennelle de la Semaine sainte. Depuis le VIIe siècle, l’Église catholique prescrit que les cloches cessent de sonner entre le Jeudi saint (jour de la Cène) et le dimanche de Pâques, en signe de deuil et de recueillement pour commémorer la Passion du Christ.
Ce silence inhabituel des cloches, qui rythmaient ordinairement la vie quotidienne des communautés, suscitait naturellement des questions chez les enfants. Pour expliquer cette absence sonore, une légende populaire s’est développée : les cloches ne sonnaient plus car elles partaient en voyage à Rome pour recevoir la bénédiction du Pape. Cette histoire permettait de transformer un rituel austère en récit merveilleux.
Selon cette tradition, les cloches s’envolaient le Jeudi saint pour un pèlerinage vers Rome, centre de la chrétienté catholique. Durant leur voyage, elles se chargeaient d’œufs décorés et de friandises. À leur retour, annoncé par leurs joyeux carillons le matin de Pâques, elles survolaient les villes et villages, dispersant ces trésors sucrés dans les jardins pour la plus grande joie des enfants.
Cette explication poétique s’est particulièrement enracinée dans les traditions pascales françaises, belges et italiennes. Elle témoigne d’une capacité remarquable à transformer une prescription liturgique austère en récit enchanté, tout en maintenant un lien avec le message central de la fête chrétienne : le passage de la tristesse de la Passion à la joie de la Résurrection, symbolisé par le retour triomphal des cloches.
Le lapin, messager de fertilité
Dans les régions germaniques, en Suisse, au Royaume-Uni et dans l’Est de la France, ce n’est pas aux cloches qu’est attribuée la distribution des œufs de Pâques, mais à un animal particulièrement prolifique : le lapin. Cette tradition de l’Osterhase (lièvre de Pâques en allemand) présente des origines plus anciennes liées aux cultes païens de fertilité.
Le lapin ou le lièvre de Pâques est associé à la déesse païenne Ostara (ou Eostre), divinité germanique du printemps et de l’aube, qui a d’ailleurs donné son nom à la fête de Pâques dans les langues germaniques (Easter en anglais, Ostern en allemand). Selon certaines traditions, le lapin était l’animal sacré de cette déesse, incarnant la fécondité et le renouveau printanier.
La capacité remarquable des lapins à se reproduire rapidement en faisait des symboles parfaits de fertilité et d’abondance. Cette caractéristique biologique correspondait idéalement aux thématiques du renouveau printanier et de la renaissance célébrées à Pâques. Par ailleurs, la période pascale coïncide généralement avec le moment où ces animaux recommencent à être visibles dans la nature après l’hiver.
La tradition du lapin apportant des œufs s’est particulièrement développée au XVIIIe siècle en Allemagne, avant d’être exportée aux États-Unis par les immigrants allemands. Au XIXe siècle, les confiseurs allemands ont commencé à produire des lapins en chocolat et en sucre, contribuant à populariser cette figure. Aujourd’hui, le lapin de Pâques est devenu un symbole commercial international, présent dans les vitrines des chocolatiers du monde entier.
Lors de mon apprentissage en Allemagne, j’ai été captivée par la richesse des traditions artisanales liées au lapin de Pâques. Chaque région possède ses propres recettes et techniques pour façonner ces créatures en chocolat, témoignant d’un patrimoine culturel vivant qui se transmet de génération en génération.
La chasse aux œufs : naissance et évolution d’une tradition ludique
La chasse aux œufs représente sans doute l’aspect le plus joyeux et participatif des célébrations pascales modernes. Cette tradition découle naturellement des récits expliquant aux enfants l’apparition miraculeuse des œufs par l’intermédiaire des cloches ou du lapin de Pâques. Si ces messagers mythiques dispersent leurs trésors dans les jardins et espaces verts, il revient logiquement aux enfants de partir à leur recherche.
Les origines précises de cette pratique restent difficiles à dater. En revanche, des références à des jeux impliquant la recherche d’œufs cachés apparaissent dans des documents européens dès le XVIe siècle. Cette activité combinait parfaitement l’aspect ludique nécessaire pour captiver les enfants et la dimension symbolique de la quête, évoquant subtilement la redécouverte de la vie après l’hiver ou la découverte du tombeau vide de Jésus le matin de Pâques.
La pratique de cacher des œufs pour que les enfants les trouvent s’est d’abord développée dans un cadre familial et privé. Les parents dissimulaient des œufs décorés dans leur jardin ou leur maison, créant un moment de divertissement familial qui marquait joyeusement la fin des restrictions du Carême et le début des festivités pascales. Avec l’apparition des œufs en chocolat au XIXe siècle, cette tradition s’est enrichie d’une dimension gourmande supplémentaire.
Des jardins aux parcs publics
Ce qui était initialement une pratique domestique s’est progressivement étendu à la sphère communautaire et publique. Dès la fin du XIXe siècle, des chasses aux œufs collectives commencent à être organisées dans des parcs et espaces publics, d’abord aux États-Unis puis en Europe. Cette évolution témoigne de la popularisation croissante de cette tradition et de sa capacité à créer du lien social.
L’une des plus célèbres chasses aux œufs publiques est celle organisée chaque année sur la pelouse de la Maison Blanche à Washington, tradition initiée en 1878 sous la présidence de Rutherford B. Hayes. Cet événement illustre parfaitement comment une simple coutume familiale peut se transformer en rituel communautaire d’envergure nationale.
En France, j’ai pu observer l’évolution de cette pratique ces dernières décennies. De nombreuses municipalités, associations et institutions culturelles organisent désormais leurs propres chasses aux œufs de Pâques dans les jardins publics, attirant parfois des milliers de participants. Ces événements dépassent aujourd’hui le cadre strictement religieux pour devenir des moments de convivialité partagés par tous, indépendamment des croyances.
Cette démocratisation s’accompagne parfois d’innovations qui renouvellent la tradition. Certaines chasses aux œufs contemporaines intègrent des dimensions pédagogiques, culturelles ou environnementales. À Venise, j’ai eu l’occasion de participer à l’élaboration d’une chasse aux œufs combinant découverte du patrimoine historique et dégustation de chocolats artisanaux, permettant aux enfants de visiter la ville tout en s’amusant.
Une activité intergénérationnelle
La chasse aux œufs a ceci de particulier qu’elle réunit plusieurs générations autour d’une même activité. Les grands-parents prennent souvent plaisir à perpétuer cette tradition avec leurs petits-enfants, transmettant ainsi non seulement un jeu mais aussi des souvenirs d’enfance et un patrimoine culturel immatériel.
Cette dimension intergénérationnelle contribue à la persistance de la tradition malgré l’évolution des pratiques religieuses. Même dans les familles où la dimension spirituelle de Pâques s’est estompée, la chasse aux œufs demeure un rendez-vous attendu, valorisé pour les moments de partage qu’elle génère plus que pour sa signification originelle.
Dans ma pratique professionnelle, j’observe comment cette tradition nourrit les liens familiaux. Chaque année, des grands-parents viennent commander des assortiments d’œufs en chocolat avec une émotion palpable, me racontant parfois comment ils recréent pour leurs petits-enfants les cachettes qu’ils utilisaient eux-mêmes avec leurs parents. Ces témoignages révèlent comment un simple jeu peut devenir vecteur de transmission de valeurs familiales et culturelles.
La chasse aux œufs incarne parfaitement la capacité des traditions pascales à évoluer tout en conservant leur essence. D’un rituel religieux marquant la fin du Carême, elle est devenue une célébration printanière universelle, adaptable à différents contextes culturels et familiaux. Cette plasticité explique largement sa persistance et sa popularité croissante dans une société en constante évolution.
Des créations chocolatées toujours plus innovantes
L’évolution des chocolats de Pâques témoigne d’un remarquable dialogue entre tradition et innovation. Si l’œuf reste le symbole dominant des célébrations pascales, le répertoire des formes chocolatées s’est considérablement enrichi au fil du temps. Cette diversification reflète à la fois l’inventivité des artisans chocolatiers et les évolutions techniques qui ont élargi les possibilités créatives.
Dès la fin du XIXe siècle, parallèlement aux œufs, d’autres figures ont commencé à peupler les vitrines pascales : poules, poussins, cloches et bien sûr lapins. Ces formes alternatives mais toujours liées aux symboles traditionnels de Pâques ont permis aux chocolatiers de varier leurs créations tout en restant dans le cadre thématique de la fête. Chacune de ces figures portait sa propre charge symbolique : la poule rappelant l’origine naturelle de l’œuf, le poussin évoquant la vie nouvelle, la cloche représentant l’annonce joyeuse de la Résurrection.
Une innovation majeure a été l’intégration de surprises à l’intérieur des œufs en chocolat, inspirée indirectement par les célèbres œufs Fabergé. Ces créations joaillières exceptionnelles, réalisées par Peter Carl Fabergé pour la famille impériale russe entre 1885 et 1917, contenaient toujours une surprise minutieusement élaborée. Bien que réservés à l’élite aristocratique, ces objets précieux ont influencé la conception des œufs de Pâques destinés au grand public, popularisant l’idée d’inclure une petite surprise dans ces friandises.
Du simple œuf aux créations artistiques
L’évolution des techniques de travail du chocolat a considérablement élargi les possibilités créatives des artisans. Le développement du coulage en moule, du modelage à la main et des techniques d’assemblage a permis la réalisation de pièces de plus en plus élaborées. L’invention du chocolat de couverture, avec ses propriétés de fluidité et de brillance spécifiques, a également facilité la création de formes complexes et détaillées.
Au cours du XXe siècle, les chocolats de Pâques ont progressivement quitté le domaine de la simple confiserie pour s’approcher de l’art. Dans les grandes maisons et chez les artisans réputés, les pièces montées en chocolat représentant des scènes pascales complètes sont devenues des vitrines de savoir-faire technique et d’expression créative. Ces œuvres spectaculaires, bien que destinées à être consommées, illustrent la dimension artistique acquise par le travail du chocolat.
Lors de mon apprentissage à Paris, j’ai été impressionnée par la minutie avec laquelle les maîtres chocolatiers élaboraient leurs collections pascales. Certaines pièces nécessitaient plusieurs jours de travail, combinant différentes techniques et variétés de chocolat pour créer des effets de texture et de couleur sophistiqués. Ces créations validaient que le chocolat de Pâques pouvait atteindre des sommets d’excellence artisanale comparables à ceux d’autres métiers d’art.
Aujourd’hui, l’utilisation de techniques modernes comme l’impression 3D ou la peinture au pistolet alimentaire permet de repousser encore les limites de la création chocolatée. Par contre, même les artisans employant ces innovations technologiques s’efforcent généralement de maintenir un lien avec les symboles traditionnels de Pâques, créant ainsi un pont entre patrimoine culturel et expression contemporaine.
Entre tradition et innovation
Le défi constant des chocolatiers consiste à innover tout en respectant les attentes traditionnelles associées aux chocolats de Pâques. Cette tension créative produit chaque année de nouvelles interprétations des symboles classiques : œufs texturés, lapins stylisés, compositions thématiques qui réinterprètent les codes visuels de la fête.
La période pascale représente un moment économique crucial pour les professionnels du chocolat. Pour de nombreux artisans et entreprises du secteur, Pâques constitue le deuxième pic d’activité annuel après Noël, pouvant représenter jusqu’à 30% du chiffre d’affaires annuel. Cette importance commerciale stimule l’innovation et la créativité, chaque marque cherchant à se démarquer par des créations originales.
Les tendances actuelles montrent un intérêt croissant pour les chocolats de Pâques artisanaux et éthiques, reflétant l’évolution plus générale des comportements de consommation. Le sourcing responsable du cacao, les méthodes de production durables et les recettes naturelles sans additifs deviennent des arguments de vente importants. Cette évolution témoigne de la capacité des traditions pascales à intégrer les préoccupations contemporaines sans perdre leur essence.
Dans ma boutique, j’observe comment les clients recherchent désormais non seulement la qualité gustative et esthétique, mais aussi l’histoire derrière le produit. Lorsque je leur explique l’origine précise des fèves utilisées ou les techniques traditionnelles employées, je constate que ces informations enrichissent leur expérience et leur attachement à la tradition des chocolats de Pâques. Les consommateurs d’aujourd’hui veulent des produits qui racontent une histoire tout en offrant une expérience sensorielle exceptionnelle.
Ainsi, la tradition des chocolats de Pâques illustre parfaitement comment un symbole culturel peut traverser les siècles en se réinventant constamment. De l’œuf naturel décoré aux sculptures en chocolat contemporaines, en passant par les premiers œufs garnis de chocolat liquide, cette évolution témoigne de la vitalité d’une tradition qui a su s’adapter aux changements sociaux, technologiques et culturels tout en préservant sa signification profonde de renouveau et de partage.
Quelques sources pertinentes à lire
-
Grivetti, L. E., & Shapiro, H.-Y. (eds.). (2009). Chocolate: History, Culture, and Heritage. Wiley.
- Un ouvrage de référence retraçant les origines du cacao et ses multiples implications culturelles.
-
Coe, S. D., & Coe, M. D. (2013). La véritable histoire du chocolat. Éditions Thames & Hudson.
- Une étude détaillée, scientifique et culturelle sur la découverte du cacao, son rôle chez les civilisations mésoaméricaines et son essor en Europe.
-
Larousse Gastronomique (édition révisée).
- Article « Chocolat » et articles sur les traditions de Pâques : une base solide pour comprendre l’évolution culinaire de cet ingrédient.
-
British Museum – Collections Online
- Références concernant les œufs d’autruche décorés et leurs utilisations rituelles (notamment en Afrique australe).
-
Encyclopédie Larousse – Fêtes de Pâques
- Aperçu historique des traditions pascales et symboles associés, notamment l’origine du Carême et des pratiques liées aux œufs.